
Et puis est arrivée comme un acte évident :
L’épreuve des temps modernes et de ses titans !
Développons. J’arrive par hasard au gré des allées
Tant courues de nos jours d’un vaste hypermarché ;
Avec ses galeries marchandes bardées de couleurs et de lumières,
Où nous nous promenons souvent en quête d’une bonne affaire,
Qui, à défaut de combler nos sempiternelles angoisses,
Soulagera notre compte et submergera notre ” paroisse ” !
J’avais un rendez-vous et comme il est toujours bon de faire
Avant tout propos, découvrir le propriétaire.
Dix mille mètres carrés de marchandises au carré :
Des boites, des pots, des paquets, des packs, des sachets ;
Des chiffres en veux-tu-en-voilà , des annonce-micros,
Les ruées classiques pour de fructueuses “promos “.
Des rayons, des vendeurs, des chefs de secteurs,
Accueil, stand-crédit, deux cent caissières à l’heure …
Si tu n’es jamais entré dans l’arène de la grande distribution
Attends-toi à devoir reprendre ta respiration !
J’étais là pour un poste aux ” ressources humaines” de l’entreprise ;
Les rêves ayant la peau dure et sur nos imaginaires de solides emprises !
Au fur et à mesure de ma promenade dans l’enceinte
Me revenaient un sourire et des joues qui se teintent :
Le visage d’une gamine aux yeux bleus au rayon d’une supérette
Qui m’attendait chaque samedi toute fringante et coquette ;
Un amour de quinze ans qui n’osait déclarer sa flamme
A une vendeuse à mes yeux déjà une grande dame !
Ici les grandes dames étaient légion, toutes pareilles vêtues
Parant ainsi cette gigantesque machine d’une semblable vertu.
Et la foule qui se presse en poussant son chariot
Picorant par ici puis par là sans dire un mot !
Voilà ce que j’appelle l’acte évident, celui d’une époque
Qui nous a fait acheteur permanent sans aucune équivoque :
La place du village est ici, maintenant, avec pour différence
Qu’on ne la quitte que chargé tel un âne de Provence !
Ces grands magasins, nouveaux temples de la foi, fleurissent sans fin.
Rien ne semble pouvoir stopper la vague du désir humain :
Il y trouve donc, parés de leur plus beaux maquillages
Les oiseaux armés de leurs plus redoutables ramages !
Mais connaît-il, lui, ce désir incontrôlable, les coulisses de ce théâtre immense
Et sa machinerie fonctionnant jour et nuit pour sa subsistance ?
Certes non. Quelques portes vitrées et palettes de marchandises chancelantes
Ne sont que des mirages dans une oasis de promesses engageantes.
C’est bien derrière les portes, à l’abri des yeux indiscrets
Que courent sur l’échiquier rois, fous ou pions emmurés :
Car courir est un maître mot au pays où règnent les inquiétudes.
Déguisées en chevaliers-courage, chevauchant des montures fougueuses,
Elles sont omniprésentes, coulant dans des veines d’apparence joyeuse
A la cadence des comparatifs de chiffres d’affaires et de leurs turpitudes !
La démesure prend ici tout son sens et le changement est permanent ;
En arrêter la course ne serait-ce qu’un instant
Equivaudrait à mettre en danger l’équilibre fragile
De ce géant aux pieds d’argile !
Le personnel, transfusé au quotidien de paniques hypothétiques
Est ancré dans un réel n’admettant pour seules problématiques
Que le mieux, toujours le mieux, le beau, toujours le plus beau
Le prix, toujours le prix et l’économie en cadeau !
Il est loin d’être commode au sein de cette arène mercantile
D’attirer son attention sur quelques soupçons pouvant lui être utiles.
Lesquels ? Et bien ceux qui paraissent constituer des freins
A la course effrénée précisément qui s’y déroule au quotidien.
Bizarrement toutes les règles se rapportant à l’organisation
A la prévoyance, à la législation, au suivi, à l’administration
N’impliquant pas immédiatement une notion de croissance
Restent vécues par le ” personnel de terrain ” avec méfiance.
Pressés, fatigués, débordés, stressés, à quoi rêvent ces gens ?
Comme dans toutes les affaires, Ã une seule chose … Ã l’argent !
Faire de l’argent ou mourir, il n’y a pas tergiversation
Cela s’appelle la quête de l’objectif et sa motivation !
Au vestiaire les soucis personnels, les états d’âme !
Ici les néons n’éclairent pas les drames !
L’usine-hypermarché a ses pointeuses, ses blouses, ses armoires
Des comités, des délégués, ce n’est pas la foire !
Le chemin pionnier de l’hyper est terminé,
Tout est mieux dorénavant structuré.
La liberté d’y réinventer sa vie à chaque instant
A laissé la place à un monumental gouvernement.
Après quinze années qualifiées de” calendaires ”
Au sein des années intrépides et pionnières,
J’ai pris la décision de m’octroyer quelques vacances ;
Me dépêcher, cette fois, à ralentir mon existence.
Fort de mon expérience à user du solde à développer,
Attendre mes enfants devenus grands à la sortie du lycée ;
Et rêver à des ressources humaines d’une toute autre nature
Faites de spiritualité et d’esthétisme, bref à une autre aventure ...