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Archive for mai, 2011

Soir d’été

Mercredi, mai 25th, 2011



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Voici la fin de la journée
Jetant sa brume empourprée.
Le soleil rouge noie lentement
La chaleur brûlante du couchant.

Pétales et feuilles meurtries
Se redressent évanouies
Sous les gouttes de la rosée
Et parfument notre veillée.

Au loin s’élèvent maintenant les chants
Des hôtes de la nuit et leurs échos :
Timides et craintifs piaillements
Des nids fragiles à peine éclos.

Quelques points brillent sur les routes
Courant à travers les bruyères
Tels des flambeaux pointant la voûte
Du ciel d’un soir aux ombres claires.

§8 - La forme en beauté

Mardi, mai 24th, 2011


S’offrir la liberté à quarante ans n’est pas un jeu commode
Quand la route de la tutelle bien ancrée est tant à la mode.
La mode d’un bon travail aux limites indéterminées,
Des rentrées financières croissantes si possibles élevées,
Des crédits venant s’imputer sur la pérennité
D’une existence sans remous jalonnée de bonheurs à perpétuité !
Des bonheurs curieusement parfois si odieux et si laborieux
Que le temps, les ayant poli avec son soin si méticuleux
A transformé les plus beaux rêves de notre enfance,
Nos camions, nos poupées, en babioles sans importance !
Alors, quand ce manège ne peut plus durer il faut en sortir ;
En sortir, même si un indéfinissable vertige vient à surgir.
Quand un destin s’achève il semble alors que tout autour
Un brouillard couvre le passé et que naît un nouveau jour !

Après ces nobles paroles il ne me restait qu’à plonger dans l’inconnu,
Renaître , transformer une réalité profondément enfouie en vécu.
Il me fallut un local suffisamment spacieux pour démarrer mon projet ;
Une année de travaux sans relâche avec épouse, fils et filles à la clef ;
L’entreprise familiale était née ; autour d’une table son nom trouvé
A traduit le besoin de lumière, de chaleur et aussi de beauté
Qui allait courir dans les têtes et dans les rues : SUNFORM : une entité
A modeler, façonner corps et têtes, à piloter un monde égaré.
Voilà quel était l’aboutissement des réflexions de jeunesse.
Me consacrer à faire la guerre à cet épouvantail qu’est la vieillesse.
J’avais maintenant les coudées franches pour attaquer la question
Dont la lumière et la chaleur m’indiqueraient vite une autre direction !

En effet, la création d’une entreprise étant dans tous les cas un périple fastidieux
Celui de la création et de l’animation d’un club de forme n’en est pas moins tortueux.
Car si la musique adoucit les moeurs comme on le dit souvent
Celle qui mène la danse ici n’a pas le parfum de nos vingt ans !
Les cavaliers et cavalières sont bien seuls avec leurs tourments.
Réclamant pour leur modeste contribution avec acharnement
De décrocher pour eux des étoiles au firmament :
Petits et maigres, ils voulaient devenirs forts et grands
Gros et gras devenir musclés très rapidement.
Mais aussi, l’un n’allant pas sans l’autre évidemment :
Entendre du fait d’un métier si humain et si rapprochant
De multiples histoires intimes dont on devient le confident.
De surcroît, j’étais loin de ma première motivation
Celle d’entraîner à ma suite une large population,
Ardemment désireuse d’élargir un cercle de compétiteurs,
Rêvant de podiums, de “hourrah “au zénith des vainqueurs !

Grande déception de ce côté mais aussi grande leçon :
Les miroirs et machines à muscler attirent des papillons
Aux ailes blafardes sans grande ambition.
Ils s’éveillent en Mai au printemps du clairon
Mais s’éteignent aussi vite que les pâles lueurs
Hantant des rêves obsédants sans nulle saveur.

Ce n’est pas grave et le joli nom ne fera pas de petits ;
A l’école de l’opiniâtreté il faut bannir l’obstination.
Ce qui nous rend heureux n’a pas forcément d’appétit
Et c’est aussi un bonheur parfois que la démission !

Ce n’est pas faute d’avoir tout essayé en cette matière.
Comme un pêcheur ayant patiemment sondé la rivière,
J’ai regroupé tout ce que je savais par avance
Pour promouvoir ce qui avait coûté en temps, forces et finances.
Comme je l’ai dit plus haut la création d’une entreprise
De quelque nature dont elle émerge et du projet qu’elle vise
Est un jeu dangereux et pour deux raisons bien précises
C’est qu’il n’y a dans son labyrinthe ni retour ni balises !

Avec mon équipe fidèle sacrifiée sur l’autel de la liberté
Femme, filles et fils en première ligne- promis à la continuité-
Nous avons dans un premier temps revêtu les tenues
De divers métiers ayant peu à voir avec la prime idée retenue :
Manutentions, peintures, carrelages, maçonnerie, décoration…
Tout ce qui serait trop long à dire sur cette vaste installation ;
Afin de mettre sur pied un endroit magique hors normes
Douillet et coquet mais aussi surréaliste qu’est un centre de “mise en forme “.
Il est en effet surprenant qu’un univers de machines puisse attirer
Une clientèle désireuse de bonheur au prix de tant d’efforts à donner !
C’est pourtant la vérité : notre monde puise ses particularités
Dans un magma étrangement confus bourré d’ambiguïtés !
Et ce paradoxe consistant à payer pour travailler durement
En est une avec sa condition : celle d’un progrès vite apparent !

Avec cette hantise du possible de tout changer vite qui nous harcèle
Est venue celle de vouloir transformer notre image naturelle.
Voilà ce qui s’est mis à me plaire au milieu du rationnel quotidien,
La séance ” muscu ” du midi m’a donc emmené dix ans sur ce chemin.

Toute mission de ce genre, afin d’aboutir, doit expliquer son rôle :
Ce furent la télévision, la radio et la presse qui envoyèrent sa parole ;
Se rendre directement comme au bon vieux temps chez l’habitant
Ne fut pas non plus écarté du plan !
La vitrine d’une telle affaire n’a pas à voir avec une boulangerie
Elle doit inspirer des rêves de conquête et de belle énergie !
Aussi, les représentations d’Aérobic en tenues colorées
N’eurent de cesse à se voir multipliées.
Nous étions présents sur tous les fronts
Défilés de mode, galeries marchandes, marathons…

Et puis est arrivé à huit cent mètres aux alentours
Un ogre aux pattes de velours.
Les papillons s’en sont allés butiner des mirages ;
Ebahis qu’ils étaient, voguant vers de nouveaux rivages !

§7- Dix mille mètres carrés

Lundi, mai 23rd, 2011


Et puis est arrivée comme un acte évident :
L’épreuve des temps modernes et de ses titans !
Développons. J’arrive par hasard au gré des allées
Tant courues de nos jours d’un vaste hypermarché ;
Avec ses galeries marchandes bardées de couleurs et de lumières,
Où nous nous promenons souvent en quête d’une bonne affaire,
Qui, à défaut de combler nos sempiternelles angoisses,
Soulagera notre compte et submergera notre ” paroisse ” !

J’avais un rendez-vous et comme il est toujours bon de faire
Avant tout propos, découvrir le propriétaire.
Dix mille mètres carrés de marchandises au carré :
Des boites, des pots, des paquets, des packs, des sachets ;
Des chiffres en veux-tu-en-voilà, des annonce-micros,
Les ruées classiques pour de fructueuses “promos “.
Des rayons, des vendeurs, des chefs de secteurs,
Accueil, stand-crédit, deux cent caissières à l’heure …
Si tu n’es jamais entré dans l’arène de la grande distribution
Attends-toi à devoir reprendre ta respiration !

J’étais là pour un poste aux ” ressources humaines” de l’entreprise ;
Les rêves ayant la peau dure et sur nos imaginaires de solides emprises !
Au fur et à mesure de ma promenade dans l’enceinte
Me revenaient un sourire et des joues qui se teintent :
Le visage d’une gamine aux yeux bleus au rayon d’une supérette
Qui m’attendait chaque samedi toute fringante et coquette ;
Un amour de quinze ans qui n’osait déclarer sa flamme
A une vendeuse à mes yeux déjà une grande dame !
Ici les grandes dames étaient légion, toutes pareilles vêtues
Parant ainsi cette gigantesque machine d’une semblable vertu.
Et la foule qui se presse en poussant son chariot
Picorant par ici puis par là sans dire un mot !

Voilà ce que j’appelle l’acte évident, celui d’une époque
Qui nous a fait acheteur permanent sans aucune équivoque :
La place du village est ici, maintenant, avec pour différence
Qu’on ne la quitte que chargé tel un âne de Provence !
Ces grands magasins, nouveaux temples de la foi, fleurissent sans fin.
Rien ne semble pouvoir stopper la vague du désir humain :
Il y trouve donc, parés de leur plus beaux maquillages
Les oiseaux armés de leurs plus redoutables ramages !
Mais connaît-il, lui, ce désir incontrôlable, les coulisses de ce théâtre immense
Et sa machinerie fonctionnant jour et nuit pour sa subsistance ?
Certes non. Quelques portes vitrées et palettes de marchandises chancelantes
Ne sont que des mirages dans une oasis de promesses engageantes.
C’est bien derrière les portes, à l’abri des yeux indiscrets
Que courent sur l’échiquier rois, fous ou pions emmurés :
Car courir est un maître mot au pays où règnent les inquiétudes.
Déguisées en chevaliers-courage, chevauchant des montures fougueuses,
Elles sont omniprésentes, coulant dans des veines d’apparence joyeuse
A la cadence des comparatifs de chiffres d’affaires et de leurs turpitudes !
La démesure prend ici tout son sens et le changement est permanent ;
En arrêter la course ne serait-ce qu’un instant
Equivaudrait à mettre en danger l’équilibre fragile
De ce géant aux pieds d’argile !

Le personnel, transfusé au quotidien de paniques hypothétiques
Est ancré dans un réel n’admettant pour seules problématiques
Que le mieux, toujours le mieux, le beau, toujours le plus beau
Le prix, toujours le prix et l’économie en cadeau !
Il est loin d’être commode au sein de cette arène mercantile
D’attirer son attention sur quelques soupçons pouvant lui être utiles.
Lesquels ? Et bien ceux qui paraissent constituer des freins
A la course effrénée précisément qui s’y déroule au quotidien.
Bizarrement toutes les règles se rapportant à l’organisation
A la prévoyance, à la législation, au suivi, à l’administration
N’impliquant pas immédiatement une notion de croissance
Restent vécues par le ” personnel de terrain ” avec méfiance.
Pressés, fatigués, débordés, stressés, à quoi rêvent ces gens ?
Comme dans toutes les affaires, à une seule chose … à l’argent !
Faire de l’argent ou mourir, il n’y a pas tergiversation
Cela s’appelle la quête de l’objectif et sa motivation !

Au vestiaire les soucis personnels, les états d’âme !
Ici les néons n’éclairent pas les drames !
L’usine-hypermarché a ses pointeuses, ses blouses, ses armoires
Des comités, des délégués, ce n’est pas la foire !
Le chemin pionnier de l’hyper est terminé,
Tout est mieux dorénavant structuré.
La liberté d’y réinventer sa vie à chaque instant
A laissé la place à un monumental gouvernement.

Après quinze années qualifiées de” calendaires ”
Au sein des années intrépides et pionnières,
J’ai pris la décision de m’octroyer quelques vacances ;
Me dépêcher, cette fois, à ralentir mon existence.
Fort de mon expérience à user du solde à développer,
Attendre mes enfants devenus grands à la sortie du lycée ;
Et rêver à des ressources humaines d’une toute autre nature
Faites de spiritualité et d’esthétisme, bref à une autre aventure ..
.

Japon

Jeudi, mai 19th, 2011


Entend le grand chambardement
Et un tremblement
Vois le monde courir
Et pâlir !

Des hautes maisons balancent
Et puis avancent
Pierres et lumières
A terre !

Les craquements qui résistent
Mais rien à faire
Des yeux vides assistent
A l’Enfer !

La mer lugubre et noire
Terrible dragon
Complot du désespoir
Le démon !

Malheureuse soeur de l’horreur
Plantée ici
Hasard blême sans coeur
Infini !

Hommage à Jean Delvigne

Mardi, mai 17th, 2011


A Jean Delvigne, Directeur de l’école primaire de Quarouble( années soixante)

Que de fois ne disais-tu aux gamins en fête
Ton amour des sentiers fleurant bon la noisette !
Nous humons aujourd’hui le parfum de ce temps-là
Et sa poésie sévère aussi parfois.

Il fallait de concert instruire et maîtriser
Tant d’élèves aux énergies dissipées
Quand à cette époque à quatorze ans déjà
L’avenir venait tôt avec le “certificat” !

C’étaient des hommes, ces élèves de primaire,
Des gaillards solides, fils d’après les deux guerres !
Des mains rugueuses pour certains et de la terre
Mais des cahiers propres et une classe fière.

Fière, et que tu aimais tant avec ces enfants
Que tu propulsais, pinçant l’oreille gentiment
A conjuguer des subjonctifs plus que parfaits,
Des impératifs présents aux écoliers distraits.

Des histoires d’Afrique où l’on allait pieds-nus,
Du courant puisé au piquet ni-vu-ni-connu.
Des maraudeurs au jardin pourtant identifiés,
Des gamins et des fruits impunis pour la récré !

Et des rêves aussi teintés de philosophie :
La vie ne serait-elle que pleine d’ennuis ?
Quand les jours ingrats désespérément s’alignent
Elle qui court si douce au coeur des vignes … !

Ronde

Mardi, mai 17th, 2011


Autour de la table s’exclament des parents,
Des grand parents se pâment.
Autour de la table s’écrient des enfants
Que l’on veux plus calmes.

Autour de la table valsent les visages
Et chantent les lendemains.
Dansent incessamment les joyeux mirages
Avec des rires sans fin …

Autour de la table s’entêtent des têtes
Et crient à tue-tête.
Autour de la table changent les visages
Pour une question d’âge…

Quand autour de la table c’est le silence,
Plutôt question d’absence !
Et valsent, dansent, chantent les places vides
Et des regards livides.

Voici Tommy !

Mardi, mai 17th, 2011


Tu souris et l’on chavire
Tu voudrais déjà nous dire
Ce que tu lis dans nos yeux
D’étrangement mystérieux.

Es-tu si pressé de grandir,
Si impatient de sortir
Du berceau des enfants heureux ?
Tu parais bien sérieux !

Ce que tu sais vibre déjà ;
Alors nous voyons par-delà.
Comme cet enfant merveilleux
Est solide et scrupuleux !

Ton voyage a abouti
A trouver maintenant ici
Avec nous la paix en ce lieu
Pour vivre ce rêve au mieux.

Fils de Décembre en émoi,
Ton prénom résonne en toi.
Prend tout le temps si tu le peux
Et aide-nous si tu le veux.

§2- Rien à déclarer ?

Mardi, mai 17th, 2011


Ayant vécu une grande partie de ma vie sur le territoire proche de l’Outre-Quiévrain,
J’eus la chance par le biais d’un emploi de côtoyer les douaniers français et belges au quotidien.
Cet emploi qualifié de commis consistait à déclarer auprès de ces fonctionnaires
Qui enregistraient, contrôlaient, inspectaient des marchandises franchissant les frontières.
Les agences en douanes fleurissaient le long des barrières qui se levaient et s’abaissaient
En des temps où les frontaliers allaient et venaient sous des regards circonspects !
L’Europe était barricadée chez elle, les camions devant s’arrêter et être dédouanés :
Les agents en douanes établissaient les formulaires selon les règlements imposés,
Les commis privés arpentaient le terrain, tels des diplomates d’opérette ;
Ils avaient pour principal objet de suivre les étapes sans être aux manettes
Afin de satisfaire aux mieux le client pressé, qui, le plus souvent chauffeur
Etait parfois le patron même de son entreprise de camionneurs.

La proximité client-fournisseur n’en était alors que plus aigüe
Et impliquait un rapport de forces pouvant se révéler tendu.
Comment alors, me direz-vous, peut-on faire accélérer un mouvement
Sans que nous ayons entre les mains un quelconque volant ?
Le temps de ces derniers étant précieux, la concurrence entre agences était un jeu
Dont les règles s’improvisaient constamment en fonction de ce principal enjeu.

Et puis il y avait un contexte sans pareil : la frontière inondée de cafés-
L’Europe, la Dinantaise, le Vieux Dinant, la Buche, le Venise, le Saint Tropez …
Tous les cent mètres une friterie et la bière, la bière, la bière …
L’agence belge chez laquelle j’ai momentanément élu mon “repaire”
Exerçait son métier dans un café, cela sentait bon le cigare, les frites, le chocolat
Le fameux chocolat belge sans oublier le non moins célèbre tabac,
Tabac qui se vendait partout, à la boulangerie ou à l’épicerie
Dont le parfum sucré transperçant son paquet s’appelait Caroline ou Virginie.
Tout respirait le bonheur de vivre dans cette ambiance placentaire.
Quiévrain était un Las-Végas avant la tragique ouverture des frontières.
Les machines à sous, bingos en tout genres plongeaient leurs brefs passagers
Dans une atmosphère surréaliste, feutrée, leur donnant à oublier
La principale raison qui les avait conduit à se trouver ici.
A se demander si d’y venir tout simplement n’en était pas le seul vrai souci ?

Alors que les routiers se dispersaient dans les cafés dans l’attente de repartir,
Les commis, eux, de bureau en bureau ne cessaient de courir.
Armés d’opiniâtreté, de patience, de réactivité et surtout de beaucoup d’humanité,
Ils s’acharnaient à faire tamponner au plus vite par les douanes les précieux papiers.
Enfin, j’ai appris au contact de ce bien curieux métier l’importance et l’utilité
Du ” savoir-négocier” pour atteindre le but que l’on s’était fixé,
Que les hommes aimaient la douceur de vivre, baigner dans son abondance
Et que leur métier n’était qu’un jeu à gagner des récompenses !

§3- Garde à vous !

Lundi, mai 16th, 2011


Il n’est de plus marquant souvenir tenant dur avec les années
Que celui d’avoir répondu à cet étonnant devoir qu’est “l’armée”.
J’aimerais ici pouvoir retracer autant qu’il m’en souvienne
Les péripéties, bêtises, absurdités qui lui sont quotidiennes.
Mais aussi, et ce serait une faute impardonnable
Que d’omettre de citer le message de ce devoir incontournable :
Faire de chaque recrue une conscience vivante éveillée sur un monde
Qui a depuis son origine consacré ses forces et son temps à la fronde !

Le premier constat que fait le “bleu” est l’importance de la machine militaire
L’éloignant soudainement de ces préjugés qui courent dans les chaumières :
L’armée qui ne serait qu’une école à refaire son lit,
Où l’on n’y ferait que fumer et boire et ainsi anéantir des conscrits !
Il est vrai que cette noble institution très préoccupée par son organisation
N’est pas tendre avec les jeunes hommes baignant dans leurs illusions.
“L’électro-choc” est immédiat et démarre avec le coiffeur
Qui nous fait la tête déconcertée d’un gamin proche des pleurs ;
Puis le photographe appose un numéro sur notre veste couleur kaki,
Immortalisant ce visage nouveau ainsi militairement acquis !
Chemin faisant de cette nouvelle identité qui prend forme
Vont suivre les effets de l’habillement eux aussi dans les normes .
Avec le ” plus” réservé pendant un mois aux nouveaux arrivés :
Un brassard couleur bleu, me souvient-il, pour mieux nous repérer.
Et entendre pendant ce mois-là des quolibets et des annonces chiffrées
Des anciens du régiment concernant les jours leur restant à endurer.
Ces chiffres martelés à longueur de journée résonnent dans les cerveaux
Comme des cloches à toute volée à la descente au tombeau.
Il est vrai que la période des “classes” dont on dresse un noir tableau
Dans certaines histoires, retentit comme le son de l’enclume et de son marteau.
Le groupement d’instruction spécialement formé à l’accueil des nouveaux arrivants
N’a que deux mots d’ordre : vite et taisez-vous dans les rangs !
Une fois ces règles bien comprises une évolution peut alors s’opérer ;
Une deux ! Une deux ! Rassemblement ! attention à la permission refusée !
Oh oui, il devient vite clair au soldat qui arrive
Que les permissions de sortie fonctionneront avec ses dérives !
La liberté se gagne donc si l’on marche bien au pas,
Si l’on chante en choeur et qu’on sache taire ce qui ne va pas.
Il devient donc aisé à ces conditions, chacun l’aura compris
De demander à courir, sauter, grimper et utiliser un fusil ;
Les petits caporaux complètement grisés par ce chantage
S’évertuent jour et nuit à manier cette règle à leur avantage.
Ainsi dans l’heure qui précédait la sainte permission
On nous demandait de courir harnachés pour une étrange mission :
Celle de vider toutes nos forces et briser notre impatience
A rejoindre famille ou fiancée qui nous guettait avec insistance !
Elles n’étaient d’ailleurs pas certaines de nous trouver à l’heure à la gare
Car il était fréquent que la revue des permissionnaires sur le départ
Nous conduisait “manu militari ” chez le coiffeur pour couper un poil en trop
Ou nous obligeait à changer notre tenue de sortie estimée pas comme il faut !
Puis avec le temps, à l’armée comme ailleurs, la rigueur devient moins importante,
Les bras de fer s’assouplissent ; pourtant certaines natures plus récalcitrantes
Ne pouvant s’adapter à cette discipline d’aller au pas au réfectoire,
Au pas partout, à la garde, à l’armurerie, saluer de manière obligatoire …
S’attirent forcément toutes les peines écrites pour eux
Et ne diront jamais avoir coulé au régiment des jours heureux !
L’ inspection est une priorité car tout doit être propre et ordonné
On inspecte les chambres, les armoires, les armes, les hommes doivent être rangés.
Elle se fait au ” garde-à-vous” au son des claquements de mains sur le pantalon.
Bienvenue au pays des revues, des défilés, des grades et des décorations !

Mais ce serait, comme dit plus haut, négliger l’essentiel que passer sous silence
Les couleurs et les musiques qui prolongent la sensibilité de notre enfance.
Elles résonnent le long des coteaux et des vallées du fond des inconscients
Et des larmes retenues perlent souvent aux yeux des soldats naissants.

§6- Le livre de Paris

Vendredi, mai 13th, 2011


Il n’est de meilleur conseil à donner en matière de contact humain
Que d’oser aller frapper à sa porte et y rencontrer son voisin.
Il y a de nombreux prétextes à cette école de formation
Ce peuvent être des goûts communs à partager qui feront l’occasion :
Le bricolage, le jardinage, si l’on est un peu observateur
Il ne sera pas difficile de trouver si ce voisin est chasseur !
Ou peut-être animé du simple désir de partager avec lui
Une parcelle de vie et comprendre l’essentiel qui nous lie.
Mais un seul voisin, cela réduit forcément l’école en question ;
La rue, le village, la ville, voilà la bonne définition.
Afin de rencontrer tout ce monde sans qu’il ne se sente agressé
Il n’y a qu’une formule, c’est d’avoir quelque chose à proposer.

Je décidai donc de tourner la page du service aux salariés
Et faire mes débuts, sans du tout quitter mon amour de l’humanité,
Dans l’art du commerce pour l’avoir déjà approché sans qu’il me tente
Avec un but clairement affiché et la conviction sous-jacente :
Démarrer par le “porte-à-porte”, initiant ainsi cette démarche
Devant me conduire dans le futur à mieux en gravir les marches.
J’avais la tenue et la voiture, ingrédients nécessaires
A représenter une enseigne aussi nettement mise en lumière !
Une petite annonce m’a donné les chiffres de la combinaison :
Il s’agissait de la vente de beaux livres sous forme de collections.
Je bénéficiais d’une formation appropriée à ce métier
Portant sur l’art et la manière de se conduire avec le prospect ;
Et découvrais progressivement les vertus de l’argumentaire,
Clef de voûte du système valant à coup sûr pour toute affaire.
Il s’agissait de convaincre les mères de famille principalement,
Celles qui gardaient le foyer, de la nécessité d’acquérir utilement
Des ouvrages destinés à cultiver la famille en question
En recevant les parutions nouvelles de notre maison d’édition.
La démarche aurait été évidente sur le fond car il était question de progrès
S’il n’y avait eu nombre d’objections d’abord liées au porte-monnaie !
Puis dues à la méfiance s’étant naturellement installée
Face aux représentants arpentant les rues durant ces années.
Il était toutefois possible de franchir un portail puis une porte
Chacun n’étant pas encore équipé d’alarmes de toutes sortes.
C’est ainsi que je finis par devenir au bout d’une bonne année
Un délégué de l’enseignement privé pour clientèle à éduquer !

Eblouie de tant de connaissances que contenaient ces livres,
Séduite tout autant par les perspectives qu’un vendeur leur délivre,
Elle m’ouvrait sans le savoir la porte en grand sur une connaissance,
Laquelle, me permit de comprendre l’énigme de notre existence;
A savoir la profonde vérité ancrée au plus profond de nous
Faite de générosité et d’amour qui se méritent à tout coup.

Je n’eus pas de mal, les premières appréhensions une fois vaincues-
Car il est souvent intimidant d’aller à la rencontre de l’inconnu-
A faire parler ces deux sentiments qui sont le fruit à n’en pas douter
D’une forte influence maternelle pendant mes jeunes années.
Alors qu’une récitation sans âme d’un texte froid et orienté
Vient ajouter à la médiocrité la prise d’un aigle affamé,
Je prenais mon rôle au sérieux, essuyais des portes claquées au nez,
Engrangeais des rendez-vous, revenais plus tôt, plus tard, toujours déterminé.
Piqué à un jeu envoûtant, renversant les objections naissantes,
Je vendais des ouvrages dorés à des bibliothèques absentes.
Entendez : pas la moindre surface pouvant accueillir un papier
Dans ces maisons toutes semblables, ahuries de devoir exister !
A celui qui clamait emprunter au voisin pour l’avenir de son enfant
Les livres qu’il ne pouvait acheter, je restais courtois devant l’ignorant.
Marquant ma désapprobation au maître de cette triste chaumière
Qui n’avait pas objecté à collectionner des bouteilles de bière,
Je sollicitais plutôt chez ce pauvre diable sa prise de conscience
A déléguer à ce voisin une responsabilité d’importance :
Celle que tout honorable père doit convenablement assumer :
Soit en priorité, veiller avec attention sur sa couvée !
Quand à la pauvre femme qu’il m’est arrivé de croiser à l’occasion,
Honteuse de l’abominable inculture qui a jonché sa maison,
Réfugiée dans un coin, les larmes aux yeux, tristement agenouillée,
Face à l’obligation qui devenait sienne de devoir s’amender,
Elle me remplissait d’un mal étrange inconfortable à supporter :
Celui de succomber à cet appel de détresse et d’en abuser !

Alors, je mesurais à cet instant la force d’un quelconque pouvoir
Vêtu de ses apparats et agrémenté d’une verve de savoir.
Je considérais n’avoir pas à souffrir d’ajouter à ce dénuement
Un acte ou un mot qui puisse engloutir ce tableau par emportement.

Je me suis trouvé au chevet d’un malade et même d’un mourant,
N’ayant pu dans la circonstance décliner mon identité à temps !
Je ne pouvais échapper à aider les enfants à faire leurs devoirs
Car mes tournées et rendez-vous se situaient en général le soir.
Parfois invité à partager un repas en toute simplicité
Et signé un contrat au dessert sans avoir d’arguments à dérouler,
Je m’étais installé dans ce métier de la vente progressivement .

Renversant les appréhensions et les peurs liées aux changements,
Convaincu désormais qu’il n’est de porte utile que de porte ouverte,
J’irai frapper franchement à celles qui me seront offertes.

Un village

Mercredi, mai 11th, 2011

Un tapis de feuilles sans vie,
L’arbre s’est endormi.

Un souffle léger les transporte
Tout contre la porte.

Une proche fumée danse
Comme si elle pense.

Tout près au bourg, la cloche sonne
Tambour qui résonne !

La colline jaunie et rouge
Quand rien ne bouge,

Et des fruits mûrement oubliés
Jonchent des prés mouillés.

Des gens d’ici et des pins masqués,
Loin de tout : Marsaneix.

§5- Le chemin de l’illusion

Mercredi, mai 11th, 2011


Quand l’envie de partir se fait sentir l’occasion n’est jamais bien loin
Elle rutile comme un sou neuf baigné des rayons d’un soleil malin.
Je quittais donc avec une certaine brutalité, non sans regrets
Cette entreprise qui s’était dotée de mécanismes si parfaits
Espérant donc n’accueillir avec certitude en son temple sacré
Que les perles les plus rares que notre belle terre ait engendré !
Satisfaite après les nombreux obstacles qu’elle donnait à franchir
D’avoir décelé le meilleur pion qui pérenniserait son avenir.
La culpabilité d’abandonner un poste est souvent liée
Aux combats qu’il avait fallu mener et à leurs triomphes proclamés.
Je l’emportais donc dans ma valise, assurément conscient maintenant
Que mes belles lumières promises s’obtiendraient à force de tourments.
Je suis parti brusquement, je l’ai dit, car soudainement désiré
Par un bureau de travail temporaire au calendrier empressé
De recruter un chef-comptable pour la paie de ses intérimaires.
Costume-cravate, j’avais la clef de l’agence, un bon salaire,
Des employés à gérer, une voiture neuve, un statut-patron.
Et ce sentiment qui m’arrivait : le regard d’autrui gonflé d’illusions.
Cette ascension hiérarchique me paraissait tout à fait normale ;
Je sentais monter en moi la fierté de la réussite sociale.
Curieusement guichets et amour portés à l’humanité souffrante
Marquaient le pas sur une aventure s’annonçant bien plus motivante !
Elle fut bien brève, les premières apparences envolées.
Ne restèrent que les jours interminables et les longues soirées
A recevoir, assis, recroquevillés, entassés, groupés, étalés
Les ouvriers usés du bâtiment, trimballés de chantier en chantier
Qui réclamaient leur ” semaine ” comme des journaliers du moyen-âge,
Faisant grandir jour après jour en moi un net sentiment d’esclavage.
Ce sentiment douloureux valait à la fois pour eux comme pour moi bien sûr,
Car à ce défilé il n’y avait pas de place à l’ouverture.
Remettre de l’argent liquide, faire signer les reconnaissances,
Garder un oeil attentif sur le coffre puis cesser la surveillance;
Le déluge passé, compter avec angoisse la caisse tard le soir,
Se rappeler des visages, des papiers, des signatures au comptoir
Et, en fin de compte plutôt satisfait pendant le temps de ce contrat
Que pas un sou ne manquât au coffre et qui eut tenté qui que ce soit.
C’était évidemment mon souci que ce coffre et ses liquidités !
C’étaient elles, vous l’avez bien compris, qui avaient fait de moi un caissier
Perpétuellement anxieux des entrées et sorties d’argent
Qu’il fallait dans le même temps inscrire au registre des mouvements.
Vous pensez bien que ce furent tracas et aussi chance mémorables ;
Sans oublier par dessus tout que j’allais seul avec un vieux cartable
Chaque vendredi à la même heure retirer à la banque les fonds
Qui étaient nécessaires à payer ces hordes de pauvres vagabonds.
C’était à chaque fois une bouffée d’oxygène que de m’absenter
Et de souffler un instant au soleil à une terrasse de café ;
Quand le temps le permettait bien entendu et ce jour là il faisait beau.
Je sortais de la banque avec mon vieux cartable non pas sur le dos
Ne riez pas, j’y avais pensé mais il ne faut rien exagérer ;
Je n’avais plus rien d’un écolier et cela aurait paru trop suspect !
Je m’attablais dehors, commandais mon café, savourait ma liberté.
Après un moment de profonde rêverie il fallut me lever
Et rentrer au bureau avec la sensation de douceur agréable
Qui nous prend quand notre humeur vire au confortable.
Mais il me sembla que cette légèreté n’était pas qu’intérieure
Et qu’à mon bras, à son bout, elle l’était tout autant mais extérieure !
J’avais oublié ma sacoche à cette table ensoleillée
Au beau milieu d’une foule innombrable de badauds illuminés
Qui vont et qui viennent, les uns, la tête plongée dans les nuages
Les autres comme à l’affut d’un quelconque mirage.
Je sentais grimper depuis mes pieds le long de mon corps jusqu’à la tête
Des milliards de grosses fourmis venues dévorer la morte bête.
Là-bas dans le brouillard un horrible bourreau huilait la guillotine.
J’avançais, perdu, pieds et mains liés vers cette ultime machine.

C’était le moment de saisir de quelle nature l’homme était fait :
Alors que la mort le harcèle, lui tend les bras et qu’il paraît défait,
Il refuse ce cauchemar et comme un mauvais film qu’on oublie
Il serre les dents, reprend l’histoire, efface les scènes noircies,
Se met à courir sous des tirs de mitrailleuses jusqu’à la terrasse
Pour retrouver la dite sacoche et un serveur, dont la grimace
Pour un café resté impayé, évoquant la fin de son service
S’alarmait lui aussi pour sa caisse et de son grave préjudice !

Victime rocambolesque et solitaire de la promenade :
Plus tard il fut fait obligation d’être deux pour la dite ballade ;
Et de ce passé ” chauffé à blanc ” qui a vicié mes rêves originels,
Mes pensées amorçaient des projets à caractère plus essentiel
En me faisant pressentir ce qui mènerait désormais ma ” carrière ” :
Un voyage constellé d’étoiles sous la voûte de leur lumière …

§4 - Usine de couleurs …

Mardi, mai 10th, 2011


C’est à grandes foulées que dès lors je détalai et donc décidai
De poursuivre ma roue en rejoignant le lycée, égratigné
D’une réalité que j’étais loin de soupçonner comme tout gamin
Qui ne pense qu’à jouer, ” courir les filles ” dehors, avoir des copains.
Je m’étais, je pense, fait le voeu le plus secret et le plus sincère
De ne plus m’approcher d’un tel enfer de souffrance et de misère.
Pourtant, je n’ai pu bien longtemps vivre avec une telle lâcheté.
Car un autre souvenir de cette usine ne m’a jamais quitté,
Un souvenir comme un ballon d’oxygène qui permet de monter
Dans une atmosphère plus respirable avec plus d’humanité.
Voilà, c’était le “Bureau d’embauche et de la paie des employés “.
Loin du vacarme des tôles, des invectives, des enfants écrasés,
Des hommes et des femmes propres et gentils nous expliquaient
A notre arrivée tels divers points de règlement à observer
Pour mériter à la fin du mois la sacro-sainte fiche de paie !
Monde alors ouvert sur tous les désirs enfin possibles à combler :
Payer son loyer, acheter un vélo, aller au ciné, au resto …
Voilà des personnes auxquelles je voulais ressembler, des vrais héros !
Je n’avais à l’époque, vous vous doutez bien, qu’une vue simpliste
De ce qu’était dans la réalité le métier de ces artistes.
Car je pense encore aujourd’hui que c’est un métier d’artiste
Alliant précision de l’horloger et souplesse de l’équilibriste.
Ces deux qualité m’iront bien : je serai jongleur des âmes en émoi
Et je ferai rire et même le beau mais intraitable quant aux lois.
Après le lycée et l’armée le serment étant toujours en cours
Je me battis comme un beau diable afin d’entamer mon noble parcours.
Je gagnais sur mes adversaires mieux lotis une place au guichet
De rond de cuir au service social et de paie des ouvriers.
C’était une grande entreprise de fabrication de peintures ;
J’y côtoyais des laborantins, des chimistes, des ouvriers bien-sûr,
Des commerciaux, des cadres, des agents de maîtrise, des employés.
Ce monde étonnant de l’entreprise commençait à me structurer :
Des chefs de personnel guindés pour gérer chacune de ces unités
Cloîtrés derrière des portes fixes verrouillées à communiquer,
Des chefs de services financier, juridique, commercial, comptable,
Des armées de fourmis aux ordres de ces personnes respectables…
Il y avait même un chef du courrier-départ avec ses employés !
Quant à moi, je vivais parmi ces illustres gens comme enveloppé
D’un brouillard vraiment épais puisque tout au sein de cette assistance
Manquait lamentablement au registre de mes piètres connaissances.
Heureusement un peu de dactylo- pourtant ne valant pas tripette -
Me donnait l’illusion de temps à autre de rembourser une dette !
Tout était à découvrir, à retenir, les mots m’étaient étrangers
Mais j’avais choisi de percer ces mystères, de garder mon cap rêvé.
C’est surtout l’étiquette de ” correspondant social ” qui me convenait.
En bref, il s’agissait d’apposer un cachet et une griffe au guichet
Sur des feuilles permettant aux salariés d’obtenir le remboursement
De leurs soins de santé : des ” feuilles de maladie ” dites autrement !
Je n’étais pas parvenu au boulot de l’horloger mais je saisissais
Qu’au sein de cette torpeur il y sommeillait un rôle à endosser :
Sortir ses ailes, vaincre les appréhensions des imprévus permanents
Et partir, ” main en avant “, à la conquête d’un terrain plus passionnant.
Cette usine n’était pas mortelle mais rigoureuse et triste.
Polie à l’extrême, fonctionnant sur un mode militariste.
Tous au garde-à-vous, chacun à son poste avec objectifs en poche,
Midi moins deux, en rang par deux, tous à la cantine, rien ne cloche !
J’avais maintenant une idée de la prison que l’on me réservait.
Car c’est dans le silence que l’on perçoit le mieux l’intention des sujets !
La distinction de soldat de première classe ne me convenant pas,
Je pris la route qui m’était destinée : celle d’un plus grand tracas !
J’avais déployé mes ailes à l’intérieur, écouté chacun parler
Et ce fut un chagrin immense d’être ainsi contraint de déserter.
La vie n’est pas une ligne droite car pour atteindre le but fixé
Il faut sacrifier au jour le jour à grands regrets des amours rencontrés.
Le danger précisément dès que ces liens d’amour se sont enracinés
C’est qu’ils vous prennent en otage et fassent de vous un prisonnier.
Comme je l’ai dit plus haut, je m’aventurais au devant de plus de tracas
Mais ne faut-il pas monnayer ce que l’on est au risque de n’être pas ?
Le sentiment vif d’être en permanence sur la ligne de départ
Est peut-être le bon remède à nos troublantes questions, c’est à voir ?

Ton jardin

Mardi, mai 10th, 2011


Viens, entre dans ton jardin.
Printemps, saisis-lui la main !
Vois-tu ces nombreuses fleurs
Aveuglantes de couleurs ?

Voici que tout s’oublie
Un peu comme au paradis.
Un rouge-gorge te voit
Si tu bouges, il s’en va !

Avance dans l’espace
Une brise se place
Au dessous d’un ciel tout bleu
Comme il est bon d’être heureux !

Un papillon tout étourdi
Soudain du néant surgit.
Une abeille bourdonne
Sur un tapis d’anémones.

De douces voix murmurent
Là-bas, tout contre le mur
Là, où des bourgeons naissent
Au doux pays des promesses !

Terre d’hiver, c’est l’éveil
La brume puis le soleil
Font naître ce nouveau jour
Dans ton jardin de velours.

Entre donc dans ton jardin
Surtout n’attend pas demain.
Vois-tu ces nombreuses fleurs
Aveuglantes de couleurs ?

Qui n’est pas encore mort ?

Vendredi, mai 6th, 2011


Qui n’est pas encore mort ?
Venez mesdames, messieurs.
Loterie du vilain sort :
On paie à qui mieux-mieux !

Venez, venez au comptoir
Des hommes forts attablés.
Fêtons un tour de départ.
Buvons tous pour oublier !

Quand les têtes qui roulent
Et la foule qui en rit
Des balles nous saoulent
Et des morts nous prient.

En avant la musique
Des trous béants qui s’ouvrent
Et quand joue la clique
Endormi, tu découvres !

Qui n’est pas encore mort ?
Eux, spectateurs de l’horreur.
Moiteurs du douillet confort,
Attendent, suant, leur heure.

Un dernier coup d’éclat
Regardez, c’est moi !
J’ai fait tout ça pour ça
Salut, c’est à toi !

Johan

Vendredi, mai 6th, 2011


Enfant issu de notre enfant
Sois bienvenu, Ô évènement.
Fils de notre fille aimée
Tu es notre petit-fils aimé !

Lorsque tu fais tomber tes jouets,
Lorsque tu griffonnes des papiers,
Quand tu colores des images,
Nous admirons ton beau visage.

Parfois tu ne trouves pas les mots
Pour nous demander ce qu’il te faut.
Et tu te raidis et trépignes,
Comme tu dois nous voir bien indignes !

Oui, il faut que tu imagines
Dans ton innocente machine
Que les “grands” se pensent élevés
Parce qu’ils savent “bien” parler.

Ils chassent déguisés en soldats
Des lapins, des oiseaux dans les bois,
Agitant des armes immenses
A ces réfugiés sans défense.

Reste calme, vois dans ta tête
Qu’aujourd’hui commence ta quête
Du vrai chemin de la vérité
Auprès des “grands” un peu décalés !

Le voyageur

Vendredi, mai 6th, 2011


Tombeau de Chateaubriand et ensemble de l'îlot du Grand Bé à Saint-Malo -  PA00090870 - Monumentum

Salut à cette âme illuminée,
Qui a montré la route, dompté les sommets.
Ami aventurier, de ceux qui font rêver,
Héros de nos livres bravant tous les dangers.

Venu sur la terre, curieux de chaque coin,
De on ne sait où, de on ne sait quel destin,
L’on te croise , si l’on te frôle un instant,
Comme l’ombre, tu disparais soudainement.

Une seule halte est lourde à porter,
Quand ton audace est de toujours s’échapper,
Et découvrir en permanence le monde,
Qui dans ton esprit sans cesse vagabonde !

Dis-nous d’où te viennent tes folles envies,
Avais-tu lors de ta naissance enfouis,
Des carnets ou des cartes de mers immenses,
Des voiliers, des déserts, des montagnes blanches ?

Sous un rocher à Saint-Malo, près de la mer,
C’est ici que tu te reposes sans un mot.
Sous la pierre qui couvre des pages sans fin,
Un voyageur se repose comme pour demain !

Bilan !

Vendredi, mai 6th, 2011


Suis-je profondément bon “, voilà la bonne question
Qu’il faudra bien un jour se poser
Lorsque toutes les courses auront cessé
Et quand des signes de fatigue apparaîtront ?

Il faut admettre en définitive qu’on le veuille ou non
Que vu la durée bien courte de nos actions,
Cette interrogation deviendra inévitable
Et sonnera comme un glas inarrêtable.

Soudainement à un instant précis voici que l’homme
Qui a trahi, menti, usurpé, dérobé, tout raté en somme,
Rien compris à ce qu’il pouvait apporter d’exemplaire,
Corrompu, donc coupable de faiblesse ordurière
Se réveille de son long sommeil de prétendu adulte
Pour tomber à genoux devant une statue froide et inculte !

Lui, si fort, si confiant, si sûr de lui-même
Invoque tous les saints, Dieu lui-même
Ne croyant guère vraiment qu’ils l’écoutent
Mais après tout, eux seuls, pense-t-il, restent sur sa route !

Que va- t-il devenir maintenant sur le point d’être raide
Raide comme la justice, cette fois présente à son aide ?
Voilà qu’il tremble, mais oui, c’est la peur qui le gagne.
Tout abandonner aux autres, toute cette vie de bagne !
Il a tout oublié et crie partout qu’il fut sans reproches
Qu’il a donné aux pauvres, prié , même vidé ses poches.

Non, faux, il n’avait pas la moindre monnaie
Au bienheureux mendiant lui souhaitant la bonne journée !
Et ne se souvient plus ce qu’il disait à son sujet ;
Lui rappeler, dans son état, ce serait l’achever !
” Suis-je profondément bon ” ? Voilà qu’il se demande
Si un paradis tout exprès, tel une ” commande ”
L’accueillera au son des trompettes de gloire
Pour son après-vie rêvée comme une belle histoire !

Vite, appelez un commissaire du Ciel
Il va tout dire, tout avouer au Père Eternel !
Confession ultime à celui occupé à des tâches grandioses
Qui n’avait pas averti ce quidam de son bilan morose.

Il est bien tard de maquiller la façade.
Tromper les autres n’est qu’une ballade.
Se tromper soi-même, voilà le piège à éviter
De cette angoisse finale peu à peu accumulée.

A l’heure du bilan chacun sait qu’il n’est plus temps
De retenir les choses ni les gens.
Et que l’horloge qui a fait son tour de cadran
Pour l’homme profondément bon sonne la fin de ses tourments.

Nul besoin …

Vendredi, mai 6th, 2011


Il n’est nul besoin de grande fortune
A calmer flux et reflux de nos rêves,
Ainsi les souvenirs pleins d’amertume
Virevoltant dans nos têtes sans trève !

Il paraît plus simple en apparence
De gommer ici ou là sa souffrance
Par un achat, un repas, un voyage
Ou tout autre bouleversant mirage.

Il ne peut et il suffit de le croire
Y avoir de paix vraie dans ce désespoir.
Car ajouter ce poids supplémentaire :
Quel fardeau à porter sur cette terre !

C’est le vide qui nous comble le mieux.
Plus il est vaste plus petits nous sommes.
Mais aussi curieusement dans cet aveu
Plus riches et plus grands que tous les hommes.

Alors faut-il, me direz-vous
Pour être heureux se priver de tout,
Délaisser pour cette courte vie
Quelques maigres envies ?
Et marcher tel un moine démuni
Parmi la foule bien nantie ?
Je ne sais pas, mais demandez à cette dernière
Vers où la conduisent ces blafardes lumières ?

Fille du paradis

Vendredi, mai 6th, 2011


S’avancer et déjà souffrir
Que d’avancer vers le désir.
Là, quand cette créature
Agite l’ombre de torture.

Elle n’est que de dos et pourtant…
Est-ce cette chevelure
Ou la grâce du mouvement ?
Voici déjà son allure.

Faut-il l’approcher, regarder ;
Y a-t-il une différence ?
Partir ou alors s’approcher,
Quelle est cette attirance ?

Lumière bouleversante.
Le regard d’un autre monde.
La voix, aussi, renversante.
Et la vérité inonde.

Des paupières qui s’enivrent
Aux sourires qui esquivent.
S’avancer et déjà souffrir
Que d’avancer vers le désir.

L’enfant rebelle

Vendredi, mai 6th, 2011


La ” balle ” dans la poitrine
Puis une autre et une autre.
Accusé de tous les crimes
Des nôtres, aussi des vôtres.

Accusé, ne fait pas mine !
Dit l’autre et puis un autre.
Accusé de tous les crimes
Aussi de toutes les fautes.

Rebelle à perpétuité !
Dit celui-ci, puis celui-là
Etrange accusé à frapper
Un ici, aussi un par là.

Accusé, demeure à genoux !
S’exclame untel puis untel.
Mais vous êtes devenus fous
Leur crie l’enfant rebelle !

Le Château-fort

Vendredi, mai 6th, 2011


Tapis tout au fond de leur tanière
De pauvres hères peureux défendent une bannière.
Contre des secousses violentes inéluctables,
Ils arment des portes inutilement secourables.
La terre tremble. Comment ignorer
Les fissures des raisons craquelées ?
Les archers derrière les meurtrières
Guettent la plaine infinie jalonnée d’ornières.
Les seigneurs se toisent sans se voir
Et le climat frise le désespoir !
Les gardes arpentent les tours crénelées
Casqués, harnachés de la tête aux pieds,
Scrutant au loin la moindre annonce
Attentifs à la moindre semonce.
C’est d’eux d’où viendront les ordres
D’où naîtront tous les désordres !
Le château est solide, le pont-levis est levé ;
Les magasins sont pleins, les greniers pleins de blé,
Les gueux sont heureux, ils n’ont rien à craindre :
Le seigneur veille sur eux, rien à se plaindre…

Mais alors monsieur tout est vrai, des jouets aux archers
Des archers aux jouets ?

Eveil poétique

Jeudi, mai 5th, 2011


I

Apaise ton âme ou ton esprit si tu préfères.
Eloigne de son horizon les vieilles chimères,
Ces tortures inutiles que tu as endurées
Comme faites à dessein pour te provoquer.
Tu ne veux qu’être heureux(se), n’est-ce pas ?
Mais dès ton lever et ton premier pas,
Se met à souffler cet atroce ouragan
Qui bouscule la paix de ton conscient !
Et voilà que surviennent des images d’horreurs ;
Alors qu’attablé aux suaves senteurs
De ton petit-déjeuner sensé t’apaiser,
Elles se mettent en route à te tourmenter.
Mais oui, tu lis bien, ce sont des images
Aussi furtives que peuvent être les ramages
D’une multitude d’oiseaux qui s’ébrouent au jardin,
Connaissant, eux-seuls, la partition de leurs refrains !
Frappe dans tes mains comme tu sais le faire
Et l’armée des musiciens quittera ton monastère !

II

Ainsi tu deviendras l’artisan de tes pensées.
A la longue, lassées d’être gouvernées
Par un maître subitement ayant pris leur contrôle,
Elles t’obéiront et cesseront enfin leur course folle.
Comme ton petit café te comblera alors de joie,
Lui, qui n’était qu’une potion amère de surcroît !
Tu ne seras plus comme par miracle soudainement
Le souffre-douleur désigné à l’échafaud des tourments.
Le passé dissipé comme la brume du matin,
Les lendemains n’ayant plus leur pain quotidien,
Tu iras libre et joyeux(se) décidant de chaque pas,
De chaque ailleurs, sans souci de l’au-delà
Que tu auras délibérément confié
A qui veux bien en disserter.

III

Libre à chacun en effet de philosopher
C’est là aussi le secret de la pensée.
Mais il peut sembler saugrenu
De tant songer et croire en l’inconnu.
Alors que devant notre maison
Se pose sur la fleur un tendre papillon.
Elle comme lui n’ont qu’un seul destin :
Réjouir notre oeil et ne penser à rien.
Tout n’est vrai que maintenant :
N’est-ce au fond ce que mieux tu entends,
Avant que ces merveilles de poésie
Ne te quittent pour l’éveil d’une autre vie ?

IV

Tu as bien compris maintenant que tu ne pouvais
Garder définitivement ni fleurs ni papillons à jamais.
Ces beautés colorées de nos jardins
S’envolent comme les rêves au petit matin.
A peine les as-tu saisies
Que les voilà déjà flétries.
Il en va de tout ce qui nous entoure ;
La pierre aussi se fend sous l’action des jours.
Et l’on ne reconnaît plus rien
Presque, dès le lendemain.
Penses-tu alors sincèrement
Qu’aux yeux des autres tu dureras longtemps ?
Et qu’il ne faille laisser venir le moment
De laisser s’échapper tout aveuglément.
“Rien ne sert de courir, il faut partir à temps …”
Rien ne sert de courir, ” chaque chose ” en son temps !

V

Défaites de leurs chagrins telles des pluies éparpillées
Nos vies ne font que se succéder.
Et puisque la mienne comme la tienne,
Toutes deux liées, ta main dans la mienne,
Passent aussi furtivement pourrait-on dire
Que nos larmes, nos joies ou nos sourires.
Renvoie alors cet hôte confortablement installé
N’ayant de cesse continuelle à t’enchaîner
En la chaleur si douce de ta maison :
N’ayant pas de visage, c’est un trublion
Qu’il convient courtoisement d’inviter
A en éviter le seuil et d’y venir frapper !

VI

Comme soudainement les feuilles partent au vent d’automne
Et que rien ne peut retenir cette valse monotone.
Quand soudainement le vent vient de se lever
Et que rien ne peut l’empêcher de tout balayer.
Que cet oiseau seul qui se pose près de toi,
Lui que tu ne reverras pas,
Te chante sa belle chanson d’amour
Pour que tu la répètes dorénavant chaque jour.