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Archive for juin, 2017

La vraie école ( 8 )

Lundi, juin 12th, 2017



Résultat de recherche d'images pour "l'école des années 50"

Je vois la pluie tomber mais elle ne mouille pas mon visage et je ne cours pas m’abriter dans la grange où les hirondelles me font un ballet d’amour en bâtissant leurs nids. Les vitres sont tristes sous ces gouttelettes qui ne parviennent pas à passer et qui tombent de désespoir. Je m’y attendais, cela ne pouvait durer. Pourtant quand ma mère m’apprête pour ce premier rendez-vous, il y a de la curiosité. Le premier jour d’école de sa vie quand une mère, avec déjà quelques cheveux blancs , fait tout propre son enfant de la tête aux pieds, cela ressemble à une fête. N’est-ce pas pour une fête des souliers vernis qui brillent de lumière, une chemise aux couleurs éclatantes repassée dans les moindres détails, un pantalon à bretelles tyroliennes, les cheveux soigneusement peignés sans le moindre épi ? Prêt pour une danse de salon au chateau de Versailles ! Dieu que l’école demande de préparations ! Y aurait-il quelque princesse à laquelle il faut plaire ? “L’école, c’est une fête me dit-elle, tu auras des camarades, tu joueras et tu apprendras à lire ” Je suspecte, sans en connaître la raison, que la madeleine enveloppée dans ce papier gris ne sera pas une récréation comme elle disait. Toute cette mise en scène me noue l’estomac. Je regrette déjà ma chaise à bébé, mes boules de toutes les couleurs, mon hibou qui ne viendrait plus, croyant que je l’ai abandonné et tomber dans la cave me parait moins pénible ! Mais c’est bien pire devant la grille. Il y a là plein d’enfants comme moi qui pleurent, les larmes passent par leurs nez et  ils sont secoués de chagrin comme lorsque l’on a le hoquet. Derrière les barreaux quatre gardiens en blouse grise, le sifflet à la bouche, réunis en cercle se déplacent d’avant en arrière, méticuleusement, les mains derrière le dos. Ils parlent de nous. Ils savent qu’on ne veut pas s’endormir le soir sans lumière ou qu’on ne veut pas manger quand on n’a pas faim ! Premières simagrées ridicules qui se transforment vite en bagarre quand un coup de sifflet retentit et que je me sens poussé à l’intérieur de la cour. Ma mère s’éclipse. Première grande sensation d’abandon. Et ce gros pantin qui me tire et à qui je flanque un coup de pied dans la jambe. Je reçois immédiatement une gifle et j’entends ” C’est le gamin du bois d’Emblise, c’est un fauve celui-là ! ” Quand la première ligne de tranchée, avec ses porte-manteaux alignés de bonnets et d’écharpes, derniers vestiges de l’amour maternel , est franchie, je connais de plus près celui qui m’avait  traité de fauve.  Cet homme est un maître d’école. Il va m’enseigner le savoir, l’amour de la connaissance, le plaisir de la liberté,  l’égalité entre les êtres humains, la tolérance aussi.  Il va le faire à coup de punitions continuelles à genoux devant le tableau, de fessées rituelles. Il m’appelle, je viens et c’est la fessée. Il est rancunier, je paie cher mon coup de pied, un an c’est long ! Comme une récompense pour lui d’avoir bien travaillé.  Ca marche, j’apprends bien et vite. Il est comme tout les bourreaux, ceux qui marquent le plus. Je l’ai retrouvé trente ans plus tard derrière une table officielle de bureau de vote. Vieil homme pitoyable qui avait oublié que l’on vieillirait un jour et à qui  j’ai glissé : ” Et oui, monsieur Dufauve, je vote , rappelez-vous !

La colline, mon premier livre ( 7 )

Vendredi, juin 9th, 2017

Résultat de recherche d'images pour "plans ferroviaires"

Cette décharge monumentale de déchets divers est presque à la porte. Il faudrait lever les bras pour avertir la machine d’arrêter de pousser devant elle ces tonnes ennemies de liberté. Il va falloir quitter ce petit château d’enfant, les rêves sont finis. Les machines ont gagné. Les oiseaux ne chantent plus. Les fourrés ont disparu.  Des tracteurs remuent la terre autour, de plus en plus nombreux, et agacent l’air paisible qu’ils inondent de fumées.Je suis encerclé. La colline je la connais bien, je la gravis tous les jours. Elle est ma première bibliothèque aux livres partiellement brûlés. Je pense qu’ils doivent révéler d’importants secrets et être le seul à pouvoir les toucher éveille ma curiosité. Peut-être vais-je y trouver une explication pour vaincre l’ennemi ! Je vois des dessins de locomotives, de roues, de rails, des plans grandioses, des chiffres, des écritures sur de petits carnets aux feuilles détachables sur lesquelles il est écrit B O N . Je peux lire ce mot qui résonne dans ma tête. C’est le premier mot que je peux lire sans l’avoir appris mais pour l’avoir entendu. Voilà donc comment  BON s’écrit ! BON, je sais ce que c’est : c’est comme gentil, synonyme de liberté et ma rancoeur contre l’usine à trains est un peu atténuée. Les BON sont signés avec de grandes et belles signatures, sûrement des gens importants qui délivrent des bontés autour d’eux, feuille par feuille, quotidiennement. Ma mère me dit qu’elle avait connu un temps où l’on donnait ce genre de bons pour avoir du pain. Je me dis que si la bonté est écrite ici c’est qu’il est normal que nous partions et que la machine qui avance est là pour nous le dire. Oui, la machine est forte, grande, on ne pourra pas l’empêcher d’avancer. La colline est mon premier livre. Je saurai plus tard que ces bons étaient des bons de livraisons, d’expéditions de marchandises. Des marchandises comme nous, qui nous baladons au gré des bons. Je les aimais au fond ces papiers, ces signatures grandiloquentes , impressionnantes d’autorité et de vérité.

L’ennemi ( 6 )

Samedi, juin 3rd, 2017


Résultat de recherche d'images pour "cerisier sauvage"

Je pourrai aller où je veux maintenant. C’est comme si je venais de gagner les clefs de la liberté. Ma mère a eu tellement peur qu’il me semble qu’elle n’aura plus jamais peur tant elle tremble encore. Même si je sais qu’elle a toujours peur et qu’elle ne veut pas le montrer. Je le lis dans ses yeux. Une nuit de grand vent alors qu’au dehors les arbres se déchaînaient, que la porte de l’écurie claquait je l’entendis crier : ” C’est lui ! ” Ce cri m’a réveillé. Très vite j’ai compris et à chaque fois que cela s’est produit il n’y a plus eu d’étonnement de ma part. C’était toujours quand il y avait du vent et celui qui aurait pu frapper à la porte était son fils. De dix huit ans plus âgé que moi, la France, la belle France nous l’avait enlevé pour nous plonger dans la peur et la rancune. Je ne pourrai jamais jouer avec mon frère. Mais je peux parcourir à en perdre haleine les chemins aux hautes herbes là où personne ne passe, grimper avec fougue aux arbres que je connais bien. Chaque branche,  je la connais. Elle est comme une amie qui me dit : ” Je te tiens, ne crains rien “. Et je vais très haut presque à la cime d’où je vois l’étendue de la forêt, des champs et là-bas tout au loin une usine ferroviaire qui avance, qui se met à déverser une colline de gravats, de ferrailles, de papiers. La colline avance sur mon territoire. Il faut que j’aille voir de plus près cet envahisseur ennemi qui se rapproche. De plus en plus vite chaque jour. Maintenant j’ai sept ans. Je ne sais ni lire ni écrire mais je connais le froid de la blanche neige, les fruits sauvages que j’aimais vendre  à des yeux curieux  et inquiets dont j’ai appris le langage , la musique que j’ai inventée avec ces instruments que les enfants inventent mais surtout je connais la solitude, cette compagne merveilleuse avec laquelle je parle sans cesse et qui me dit : ” Vis “